Histoires naturelles vécues sur le terrain
Si Ulysse est resté prisonnier durant 7 ans de la nymphe Calypso, c’est depuis bien plus longtemps qu’elle hante mon esprit. Elle m’a fait parcourir plusieurs fois l’espace qui me sépare de ses lieux de vie afin de chercher des indices de sa présence.
Elle réside dans les contrées boréales tout autour du globe, mais en Finlande, un parc national (Oulanka) en a fait son emblème.
Haute de 8 à 20 cm, elle n’a qu’une feuille basale et une fleur par tige. Sa période de floraison varie de fin mai à début juin, selon le lieu et l’avancée du printemps.
De passage dans divers parcs nationaux finlandais en été, j’ai posé des questions sur cette fleur, le moment de sa floraison locale, les lieux où j’aurais le plus de chance d’en trouver à la bonne saison. Mais à chaque fois, les réponses ont été très vagues et sans aucune information véritable. Pour protéger leur trésor caché, les Finlandais gardent jalousement leurs informations. Il faut dire que je ne suis de loin pas le seul à être attiré par cette nymphe des bois. Une ranger m’a raconté que des botanistes japonais lui avaient demandé de leur téléphoner au moment de sa floraison, pour qu’ils puissent sauter dans le premier avion pour venir la voir.
Ce printemps, mon épouse et moi avons fait le grand saut, déterminés à enfin trouver la Calypso bulbosa de son vrai nom. Selon une carte de répartition de l’espèce, nous avons d’abord cherché à l’Est d’Oulu, mais sans succès. Puis nous sommes allés à Oulanka. Les sentiers pédestres y sont nombreux, et avec notre lourd passé de «Chercheurs d’Orchidées», nous sommes tombés à genoux devant nos premières fleurs.
La Calypso n’a pas de nectar pour attirer les insectes, et comme souvent chez les Orchidées, elle a développé des stratégies pour être pollinisés à moindres frais. Elle fleurit à l’ombre sur substrat humide, juste entre la fin de la floraison des saules et le début de celle des myrtillers. Et comme par hasard, son périanthe et son gynostème sont roses comme les fleurs de myrtillers, et la touffe de poils sur son labelle n’est pas sans rappeler les étamines des saules. Les insectes (principalement quelques espèces de bourdons) sont donc attirés par d’autres plantes nectarifères, et s’égarent entre deux par confusion sur une Calypso. Pour éviter que les bourdons ne se rendent compte trop vite du subterfuge, la plupart des Calypso sont plutôt dispersées sur leur territoire, bien qu’on puisse en trouver par groupes plus denses par endroits.
Si les découvertes sur les stratégies de cette orchidée n’ont pas fini de nous surprendre, c’est avant tout la beauté exceptionnelle de cette fleur qui nous engeôle lorsqu’on se penche vers elle. Ses couleurs délicates, sa texture sucrée qui nous fait penser à l’Epipogon sans feuilles, son labelle bombé évocateur du Sabot de Vénus sont autant d’atouts qui font de cette fleur une nymphe à l’attraction irrésistible. Et je peux vous l’affirmer : elle est encore plus belle en vrai qu’en photo !
Avec quelques amis, je suis allé lui rendre visite en automne dans les Asturies. Cette région du Nord de l’Espagne se compose de vallées étroites, de petits villages et de montagnes rocailleuses calcaires où vautours, cerfs, isards et sangliers côtoient les quelque 370 ours, dont le nombre est en croissance. Il faut dire que la cohabitation est facilitée par tout un travail de sensibilisation de la population et d’aides concrètes à la protection des troupeaux, vergers et ruchers. Avec notre guide Pierre, nous avons choisi quelques sites d'observation dans la montagne.
L’hiver s’était bien installé sur l’étang et la roselière qui le protégeait.
Seul un petit filet d’eau libre chantait dans le silence glacé de cette fin de nuit.
Je m’étais installé dans mon affût sous les étoiles d’un ciel dégagé. J’allais sûrement avoir bien froid, malgré mes couches d’habits.
D’ailleurs, c’est souvent lorsqu’enfin le soleil se pointe que la sensation de froid est la plus intense. N’est-ce qu’une impression liée à l’attente de la chaleur solaire ? Ou est-ce que l’astre du jour fait bouger les couches d’air les plus froides ? Peu importe, j’étais content d’enfin voir le jour animer les ors des roseaux. J’attendais le butor étoilé, discret hivernant de nos roselières. Il apparaîtrait sans bruit, sans bouger le rideau des roseaux malgré sa taille, au contraire des mésanges et bruants qui se jettent à grand bruit d’une hampe souple à l’autre, remuant au passage les mikados de la roselière.
La lumière était belle, douce et chaude comme une caresse, quand soudain apparut juste devant moi un majestueux renard roux, ses yeux dorés clignant au soleil du matin. Il s’était matérialisé sans bruit, comme un esprit prenant soudain corps sur l’étang gelé.
La vision était trop belle pour n’être pas fragile. Je n’aurais pourtant eu qu’à déclencher mon appareil photo tout prêt à fonctionner pour partager avec vous cette image.
Je n’ai pas osé. Je n’ai pas voulu briser la magie de cet instant.
L’ange roux s’est évanoui aussi mystérieusement qu’il était apparu
Je suis resté longtemps sous le charme de cette apparition.
La présence du butor m’a ramené sur terre, dans mon affût glacé.
Avec quelques amis, je suis allé lui rendre visite en automne dans les Asturies. Cette région du Nord de l’Espagne se compose de vallées étroites, de petits villages et de montagnes rocailleuses calcaires où vautours, cerfs, isards et sangliers côtoient les quelque 370 ours, dont le nombre est en croissance. Il faut dire que la cohabitation est facilitée par tout un travail de sensibilisation de la population et d’aides concrètes à la protection des troupeaux, vergers et ruchers. Avec notre guide Pierre, nous avons choisi quelques sites d'observation dans la montagne.
Pour poser le décor, nous sommes aux abords d’un village. Sur la colline, des champs cultivés. En contrebas, d’autres champs cultivés. Entre deux, une enfilade de pâturage de 500 mètres sur 40, bordée de haies de diverses essences d’arbres.
Un lynx a tué un chevreuil juste dans la haie du bas.
Avec quelques amis, je suis allé lui rendre visite en automne dans les Asturies. Cette région du Nord de l’Espagne se compose de vallées étroites, de petits villages et de montagnes rocailleuses calcaires où vautours, cerfs, isards et sangliers côtoient les quelque 370 ours, dont le nombre est en croissance. Il faut dire que la cohabitation est facilitée par tout un travail de sensibilisation de la population et d’aides concrètes à la protection des troupeaux, vergers et ruchers. Avec notre guide Pierre, nous avons choisi quelques sites d'observation dans la montagne.