Les grues et le Mont Blanc

J'aime bien l'automne, avec ses temps changeants, ses lumières intimistes qui caressent la brume ou les feuillages en feu.

C'est aussi le temps des passions. Des cerfs oubliant leur discrétion, des chamois hérissés sifflant d'un roc à l'autre.

C'est pour eux que j'étais parti quelques jours entre pâturages délaissés et falaises abruptes. Mais cette fois-ci, ils s'étaient amusés à me promener jusqu'au sommet sans me laisser la moindre chance de faire une image.

Un peu déçu et fatigué, je me suis assis sur les hauteurs, laissant mes rêves s'échapper dans les couleurs mouvantes qui suivent le coucher du soleil.

Et c'est ainsi que j'ai vu au loin s'étirer un filament souple d'oiseaux s'approchant de moi.

Des grues cendrées ondulaient leur chemin de migration entre mon promontoire et le massif du Mont-Blanc baigné de crépuscule.

Sans les chamois, je n'aurais pas poussé mon chemin jusque-là. Je suis rentré bredouille de ce que j'espérais, mais comblé de ce que je n'attendais pas. Il en va souvent ainsi dans la nature... et peut-être aussi dans la vie ?

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