L’Ours des falaises
OURS. Plus qu'un mot, plus encore qu'un animal. Il est fait de légendes et hante l'inconscient collectif de l'Homme depuis la nuit des temps.
Avec quelques amis, je suis allé lui rendre visite en automne dans les Asturies. Cette région du Nord de l’Espagne se compose de vallées étroites, de petits villages et de montagnes rocailleuses calcaires où vautours, cerfs, isards et sangliers côtoient les quelque 370 ours, dont le nombre est en croissance. Il faut dire que la cohabitation est facilitée par tout un travail de sensibilisation de la population et d’aides concrètes à la protection des troupeaux, vergers et ruchers. Avec notre guide Pierre, nous avons choisi quelques sites d'observation dans la montagne. Les rencontres ont été exceptionnelles, tant avec les gens sur place qu'avec les ours. Pour preuve, ces deux retraités croisés plusieurs fois le soir, jumelles au cou, espérant voir passer tel ou tel ours bien connu entre les noisetiers. Parce qu'en septembre, ce sont les noisettes qui attisent la gourmandise des plantigrades, les faisant descendre jusqu'au bas des pentes. Depuis là, ils n'hésitent pas à visiter les vieux vergers laissés pour eux.
Dans un petit village, une place a même été installée exprès pour l'observation. Cabane en bois, tables et bancs, panneaux d'information, tout est fait pour permettre à tout un chacun d'avoir la chance de voir un ours à portée de jumelles vaquer à ses occupations.
Mais nous ne sommes pas à Yellowstone, à Denali ou dans le Kainuu finlandais. Les ours s'observent de loin. Souvent depuis un flanc de la montagne pour espérer son passage sur l'autre versant. Les chemins de randonnée sont fermés si la présence d'une femelle suitée est avérée. Ici, on ne traque pas l'animal pour un souvenir photographique. Les observations se passent sans que l'ours sente notre présence. Et peuvent ainsi durer plusieurs heures.
Ce qui m’a le plus impressionné, ce sont les compétences d'alpinistes voire de varappeurs de ces ours, qui escaladent ou descendent des à-pics rocheux avec une aisance déconcertante. Même l'ourson, parfois à la peine pour suivre sa mère, va chercher un autre chemin pour la rejoindre, parfois en descendant une vire trop haute pour lui à reculons, pattes bien écartées pour assurer ses prises.
Un soir, un mâle s'est mis à suivre la sente de l'ourse suitée. La femelle l'a rapidement senti et a pressé le pas. La tension était palpable et nous retenions notre souffle. Le petit n'arrivait pas à suivre la cadence de sa mère. Mais celle-ci revenait souvent sur ses pas pour l'encourager. Après quelques minutes de fuite, elle s'est résolument tournée, son petit à ses côtés, vers le mâle qui approchait,. Par chance, le mâle a décidé de passer son chemin. Il faut dire que nous n’étions plus en période de rut.
Je retiendrai encore la scène où la mère, émergeant des fourrés, a laissé son petit téter quelques secondes avant de poursuivre sa traversée de la montagne.