Histoire sans image
L’hiver s’était bien installé sur l’étang et la roselière qui le protégeait.
Seul un petit filet d’eau libre chantait dans le silence glacé de cette fin de nuit.
Je m’étais installé dans mon affût sous les étoiles d’un ciel dégagé. J’allais sûrement avoir bien froid, malgré mes couches d’habits.
D’ailleurs, c’est souvent lorsqu’enfin le soleil se pointe que la sensation de froid est la plus intense. N’est-ce qu’une impression liée à l’attente de la chaleur solaire ? Ou est-ce que l’astre du jour fait bouger les couches d’air les plus froides ? Peu importe, j’étais content d’enfin voir le jour animer les ors des roseaux. J’attendais le butor étoilé, discret hivernant de nos roselières. Il apparaîtrait sans bruit, sans bouger le rideau des roseaux malgré sa taille, au contraire des mésanges et bruants qui se jettent à grand bruit d’une hampe souple à l’autre, remuant au passage les mikados de la roselière.
La lumière était belle, douce et chaude comme une caresse, quand soudain apparut juste devant moi un majestueux renard roux, ses yeux dorés clignant au soleil du matin. Il s’était matérialisé sans bruit, comme un esprit prenant soudain corps sur l’étang gelé.
La vision était trop belle pour n’être pas fragile. Je n’aurais pourtant eu qu’à déclencher mon appareil photo tout prêt à fonctionner pour partager avec vous cette image.
Je n’ai pas osé. Je n’ai pas voulu briser la magie de cet instant.
L’ange roux s’est évanoui aussi mystérieusement qu’il était apparu
Je suis resté longtemps sous le charme de cette apparition.
La présence du butor m’a ramené sur terre, dans mon affût glacé.