La nature, la photographie...

La première est l'essence même. La seconde en est l'accès.

Entre les deux, je perds volontiers mon existence humaine.

Les sens reprennent le pouvoir,

l'instinct les dirige.

Et il y a l'attente…

La frénésie humaine génère des milliards de nouvelles photos par jour ...

Qu’est-ce que je peux apporter de plus en tant que naturaliste-photographe ?

Y a-t-il encore une raison, un sens pour moi de sillonner notre planète pour en ajouter quelques unes de plus, objectivement pas meilleures que les autres ?

Je suis souvent tenté de dire NON et d’arrêter d’en faire.


Et pourtant…

La photographie naturaliste me demande d’aller plus loin que l’observation à travers une longue vue.

Poser un affût dans le respect absolu du milieu et du sujet attendu, en tenant compte de la susceptibilité de chaque habitant du biotope, en veillant au sens du vent, en songeant à l’arrière plan qui composera l’image, à l’évolution de la lumière au fil du temps de l’affût, et en laissant le moins de traces possible derrière soi permet d’espérer une proximité de rencontre où l’animal vient à soi avec un comportement aussi naturel que si nous n’étions pas là.

Sentir son souffle, son odeur, entendre son pas dans la végétation, croiser son regard, ressentir dans son propre ventre l’émotion durable d’une rencontre éphémère.

La photo permet ensuite de retranscrire les émotions vécues grâce au «développement» de l’image chez soi pour en faire un tirage ou une présentation.

Photographier c’est partager les émotions vécues, sensibiliser au vivant, inciter à sa protection.

Ce ne doit JAMAIS être la recherche du «trophée», la course à l’image sensationnelle !

Pour répondre à la question de la 2ème phrase, je me dois de montrer l’exemple sur le terrain. Renoncer à photographier non seulement en cas de doute, mais aussi pour éviter d’inciter d’autres photographes à faire prendre des risques inutiles à mes sujets. Si je prétends en savoir un peu plus sur la faune, la flore ou le Vivant au sens le plus large que d’autres personnes, ce n’est pas pour aller plus loin dans notre pratique, mais bien pour éveiller la conscience de mes semblables sur l’éthique absolue qui doit s’imposer à nous dès que nous sortons de chez nous.

Photographier, filmer, enregistrer notre biodiversité, pour moi, c’est être ambassadeur du Vivant, mais aussi d’une éthique dans notre pratique naturaliste.